L’errance d’un groupe

La pluie était encore présente. Je rangeais la voiture qui était garée dans la petite cour de l’auberge pendant que le couple errait dans l’attente d’une réponse à leur précédente question. Après mon retour positif vis-à-vis de l’hébergement, ils s’approchèrent de moi et me saluèrent.

– Hello, i’m Paul and my girlfriend Jacqueline.

Ils me confondirent avec un employé de l’hôtel. Je leur expliquai simplement qu’avec deux amis, nous faisions un très long voyage. Les présentations faites, ils réservèrent leur chambre. Paul était un allemand qui parlait parfaitement l’anglais. Sa voix rauque et ses tatouages très personnels lui donnaient un style atypique. Il venait de courir le marathon de la ville. Jacqueline se présenta comme le soutien moral. Tous deux, étudiants en médecine, résidaient en Roumanie.
Pour notre dernier soir, nous voulions profiter du salon pour échanger avec les habitants du Nordic Hostel. Sous les lumières tamisées, nous expliquâmes au fil de la soirée notre désir de se rendre en Grèce à Thessalonique. Spontanément, les deux Allemands voulurent nous accompagner. C’est à partir de ce moment, que nous continuâmes la route à cinq.

C’est une sensation étrange, mais je ne réfléchis plus. Je n’ai plus de multiples pensées qui viennent perturber mes journées. Si je peux encore me permettre de parler de journées, je suis incapable de donner la date, parfois même l’heure. Le temps passe lentement à une allure folle. 

10h: une fois notre voiture agencée pour accueillir nos nouveaux compagnons, notre première étape, avant de quitter la Macédoine du Nord, se trouvait à une trentaine de minutes de la mégalopole. Les cascades de Matka, au décor vert émeraude et bleu lapis, tranchaient avec les grandes plaines arides des montagnes. Nous dûmes nous contenter d’un simple aller-retour durant cette marche ; les jeunes allemands ne portaient pas de vêtements adéquats. Par cette petite excursion, la longue route se dévoila ; redescendre jusqu’en Grèce. 
Thessalonique contrastait avec Skopje : plus dense et une circulation encore plus chaotique. Le vent s’engouffrait dans les ruelles.

La découverte d’une ville avec de nouvelles personnes fut intéressante ; elle se traduisit par une marche en groupe, sans objectif défini, dans un complexe urbain. La ville se dévoila sous nos yeux naïfs. J’avais planifié les visites des lieux incontournables. Cette idée ne fut pas des meilleures. Elle ternit même l’épanouissement, habituellement si présent lors de la découverte. Connaître à l’avance attriste. Heureusement, l’errance dans les rues permit de s’arrêter dans un très bon restaurant grec, connu pour ses tripes. Ce repas, fut l’occasion d’aborder la suite du voyage. Nous évoquâmes l’idée de se diriger vers Alexandropoulis pour arriver en Turquie. Quant à Paul et Jacqueline, ils nous proposèrent de visiter ensemble Sofia en Bulgarie. La réponse nécessita une longue réflexion. En effet, visiter Sofia impliquait un détour de plus d’une centaine de kilomètres.

Notre soirée dans la ville grecque fut courte. Le repas achevé, nous marchâmes pour trouver un petit bar où discuter. Paul nous y dévoila les secrets de ses tatouages et plus particulièrement celui de son avant-bras qui représentait une série de chiffres sur quatre lignes :

4 : 11 : 23

2 : 30 : 15

1 : 28 : 53

0 : 50 : 42

C’était un moyen mnémotechnique pour se souvenir de ses temps pendant le marathon.

L’errance avec nos deux voyageurs créait une ambiance particulière ; deux chemins opposés cohabitaient et proposaient une nouvelle vision du voyage. Un après-midi et une soirée ne suffirent pas pour découvrir toutes les richesses de la ville. Mais l’heure était au départ. Notre choix s’orienta vers Sofia.

Le temps clément permit à Paul d’organiser le petit-déjeuner dans un lieu peu connu. Ce moment s’enracina dans mes souvenirs. Simple pâte travaillée sur plusieurs couches, le burek à la manière grec, fondait dans ma bouche. Un café accompagnait le divin burek sucré et parsemé de cannelle. Nous en recommandâmes encore quatre, pour assouvir notre panse. Une balade digestive s’imposa dans les rues de Thessalonique. Les bâtiments antiques de la période grecque et les constructions modernes s’entremêlaient. Béton et brique se juxtaposaient dans cette association de lieux de vie, lieux de soirée ou de divertissements et lieux de culte.

Entourée d’immeubles, Aya Sofia, la première église portant le nom de Sophie, nous fit face. L’une de mes envies les plus profondes était de visiter Aya Sofia à Istanbul. Mais celle de Thessalonique se révéla plus entraînante que je l’imaginais. Comme pour beaucoup d’églises, les façades de St-Sophie étaient simplistes : une couleur ocre dominante sans aucun ornement. L’entrée était minuscule. La porte se referma sur moi et mon pied se posa sur les dalles rocheuses. Le silence me captura. La lumière accentuait le clair-obscur des œuvres fixées aux murs. Les fresques murales avaient pris une pigmentation particulière : un vert gorgé de noir et une petite touche de jaune. Le rouge rappelait un feu vif tandis que le jaune révélait le temps passé. Le bleu, quant à lui, harmonisait l’ensemble.

Le temps semblait être suspendu. Une nouvelle forme d’errance se développait, celui du silence libérateur et contemplatif.

Le vent se frottait à moi et m’offrait l’air nécessaire pour respirer sous le soleil ardent. Les nuages grisâtres s’approchèrent. Le tonnerre de l’orage annonçait le futur. Le temps entre la vision de l’éclair et le bruit du tonnerre se réduisait. Les portes claquées et les ceintures enclenchées, la clé de contact réveilla à nouveau notre compagne. Le sommeil dans la voiture régna après de longues heures. Nous passâmes sans difficulté la douane pour arriver dans une contrée, encore une fois, singulière.

La Bulgarie nous fit la surprise d’abriter un climat plus froid que la normale. De prime abord, Sofia ne semblait être qu’une ville grise, froide et lugubre.  Empressés de partir à sa découverte, nous enfilâmes nos chaussures pour explorer les rues, tantôt étroites, tantôts imposantes.

Les journées passées avec Paul et Jacqueline se traduisirent par un simple aperçu des richesses culturelles et architecturales. Ces moments permettaient simplement de dire “j’y étais”. Notre expérience à Sofia reflétait cette pensée. Une fois le repas pris, le groupe se faufila dans une rue perpendiculaire pour s’installer dans un bar. Nous profitâmes d’un moment de discussion avant de rentrer à l’hôtel. Le lendemain, jour du départ, nous nous séparâmes pour reprendre notre rythme, un rythme plus adapté à l’appréciation du temps.

Avant même de partir, quelle ne fut pas notre surprise en découvrant un cadenas jaune bien serré sur le caoutchouc de notre roue. Un boulanger qui tenait une boutique à proximité, nous aida à contacter le service relatif au stationnement. Nous avions oublié de payer. Une fois l’amende réglée, le boulanger nous ravitailla en pain. Un pain gras de plusieurs couches : des bureks.

Musique de cette période : https://www.youtube.com/watch?v=1t-gK-9EIq4

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